Qui achète le coltan de contrebande du Rwanda ? Le périple international du coltan de la RDC aux filières électroniques mondiales

Global Witness · 10 June 2026 · read at the source →

Du coltan de contrebande en provenance de la RDC en guerre intègre les marchés mondiaux et des produits de consommation grand public malgré l’existence de systèmes de diligence raisonnable

Qui achète le coltan de contrebande du Rwanda ?

Download ResourceOù sont passés les plus de 2 000 tonnes de coltan de contrebande ?

Ces minerais pillés proviennent de mines de Rubaya, en République démocratique du Congo, qui produisent 15 % du tantale mondial. Ce composant essentiel des produits électroniques est utilisé dans des smartphones, ordinateurs portables et voitures dans le monde entier.

Les mines de Rubaya sont devenues une source de revenus majeure pour la guerre cruelle que mène le M23 en RDC. Ce groupe armé soutenu par l’armée rwandaise s’est accaparé d’importants territoires, a tué des milliers et déplacé des centaines de milliers de civils, mais aussi commis des enlèvements et des actes de torture en toute impunité.

Cependant, une fois que le coltan a été introduit frauduleusement au Rwanda, on sait peu de choses sur ses acheteurs ou sur sa destination finale.

Dans le cadre de son enquête, Global Witness a passé un an à suivre le coltan de conflit en provenance de RDC tout au long de son périple, à savoir des mines aux chaînes d’approvisionnement mondiales en passant par sa traversée de la frontière. Nous avons pu établir la complicité de responsables rwandais à un moment où la contrebande a atteint des niveaux sans précédent.

Les exportations de coltan du Rwanda ont plus que doublé ces trois dernières années et nous avons identifié les sept entreprises qui ont exporté 85 % du coltan en question.

Au travers d’entretiens avec des trafiquants de coltan, nous avons découvert qu’au moins cinq de ces sept entreprises achetaient du coltan de conflit en provenance de RDC pour ensuite le revendre à des fonderies en Chine ou au Kazakhstan par le biais d’intermédiaires.

Dans ces fonderies, le coltan est alors transformé en tantale, avant d’être utilisé pour la production des condensateurs essentiels pour les appareils électroniques.

Nous avons constaté que du coltan de conflit pourrait s’être frayé un chemin vers les marques internationales telles que Microsoft, Vodafone, Sony, Amazon, Nvidia, LG Display, Ericsson, Toyota et Apple et s’être glissé dans des produits que nous utilisons au quotidien.

Il y a une quinzaine d’années, un mécanisme conçu pour mettre fin à l’utilisation des minerais pour financer les conflits a émergé dans la région africaine des Grands Lacs.

La récente guerre en RDC a été l’occasion de le mettre à l’épreuve. Or notre enquête a révélé que les systèmes de traçabilité et de diligence raisonnable n’ont pas permis de briser le lien entre conflits et ressources naturelles.

Bien plus, le système de traçabilité connu sous le nom d’ITSCI, qui est utilisé par bon nombre d’entreprises internationales pour éviter que des minerais de conflit n'intègrent leur chaîne d’approvisionnement, sert à blanchir une grande partie du coltan de contrebande. Le coltan lié au conflit a probablement aussi été introduit dans un système alternatif appelé Better Mining.

Les audits menés par l’initiative Responsible Minerals Initiative (RMI) n’ont pas su identifier le coltan de conflit dans les chaînes d’approvisionnement des fonderies.

Data provided by IPIS research, updated 12 December 2025.

Note: the shaded area indicates approximate extents derived from available reporting and may change. It is not a confirmed frontline or fixed territorial border.

Le coltan finance le conflit

Depuis 2023, les mines lucratives de Rubaya sont un trophée de guerre pour divers groupes armés, tout comme cela a été le cas durant les étapes précédentes des guerres en RDC. L’ONU a fait état d’incursions dans les mines de Rubaya par divers groupes armés congolais tout au long de l’année 2023.

Fin 2023, les rebelles du M23 ont pris le contrôle des principales voies de transport autour de Rubaya. En avril 2024, ils se sont emparés des mines de Rubaya et détenaient le monopole des exportations de coltan.

Depuis, le coltan est devenu une importante (si ce n’est la principale) source de financement du M23.

L'administration parallèle de M23 a choisi des négociants proches du M23 pour faire passer les minerais de contrebande au Rwanda et gère un régime de taxation sur les sites d’extraction et de négoce.

Les négociants payent des « taxes » sur le coltan, dont quatre dollars US par kilo reviennent au M23 et trois aux pouvoirs publics rwandais.

En prélevant des taxes sur la production et le négoce de coltan, le M23 a pu générer 800 000 dollars US par mois depuis mai 2024, selon des estimations de l’ONU.

Le passage frauduleux de minerais au Rwanda

Le Rwanda soutient non seulement les opérations militaires du M23 en RDC avec 7 000 à 12 000 soldats rwandais et des armements sophistiqués, mais des responsables rwandais facilitent également la contrebande.

Auparavant, une grande partie du coltan passait dans le pays voisin par des zones frontalières moins contrôlées. Cependant, depuis que le M23 a pris le pouvoir à Goma, une grande partie y transite au vu et au su de responsables frontaliers rwandais. Global Witness a même vu des responsables enregistrer du coltan en provenance de RDC.

Selon des experts de l’ONU, plus de 120 tonnes par mois ont été introduites frauduleusement au Rwanda entre mai et octobre 2024. Cette contrebande a donné lieu à « la plus grande contamination (...) des chaînes d’approvisionnement » dans la région des Grands Lacs en dix ans.

Il est probable que le phénomène de contrebande ait même connu une hausse en 2025. Un an après la prise de pouvoir par le M23, au moins 1 400 tonnes de coltan (sans doute bien plus) étaient passées illégalement de RDC au Rwanda.

Global Witness n’a trouvé aucun élément laissant penser que des responsables rwandais avaient confisqué du coltan de contrebande ces deux dernières années.

Les chiffres officiels rwandais montrent que les exportations de coltan ont été multipliées par 2,5 entre 2021 et 2025. Cette évolution est le reflet de l’explosion du phénomène de contrebande.

Le coltan est une source de revenus importante pour le Rwanda, qui applique un impôt sur les exportations à hauteur de 5 %. Depuis 2023, il s’agit de la deuxième source de recettes d’exportation du pays après l’or.

L’ONU, des experts des minerais et des ONG ont régulièrement souligné que les chiffres d’exportation de minerais rwandais ne coïncidaient pas avec sa production réelle, et ce, avant même la hausse récente des exportations. Les pouvoirs publics ne publient pas les chiffres de la production par mine qui permettraient aux experts de vérifier leurs dires.

Le Rwanda a refusé à de nombreuses reprises d’appliquer la technologie d’empreinte analytique (dite « AFP »), un outil mis au point par l’Allemagne pour contrôler l’origine de minerais sur la base de leur composition géochimique, comme l’indique un expert en ressources naturelles impliqué en la matière. Cet outil, qui a coûté des millions de dollars à concevoir, n’a jamais été utilisé à ces fins.

Un manque de traçabilité et de diligence raisonnable

Une obligation juridique prévoit que la provenance des minerais rwandais doit être établie avant leur exportation.

ITSCI est le système de traçabilité et de diligence raisonnable dominant au Rwanda et jusque début 2025, tous les grands exportateurs de coltan en étaient membre.

Le programme attribue des étiquettes assorties d’un numéro unique aux sacs de coltan et d’autres minerais « 3T » censés être exempts de tout lien avec des conflits et atteintes aux droits humains. ITSCI est également responsable de déclarer et de gérer les incidents tout au long des chaînes d’approvisionnement. (Les « 3T » tiennent leur nom des métaux que sont le tantale, l’étain (tin, en anglais) et le tungstène, qui en sont dérivés.)

Global Witness a révélé dans son rapport de 2022 que depuis le lancement du programme ITSCI en 2010, il a été détourné par de grands exportateurs rwandais pour blanchir d’importantes quantités de minerais de contrebande en provenance de RDC.

Quatre négociants vendant du coltan de contrebande en provenance de Rubaya à des exportateurs qui sont membres d’ITSCI ont indiqué à Global Witness que le coltan avait été étiqueté par le programme comme n’étant aucunement lié à des conflits.

« L’entreprise [exportatrice] à Kigali vient et étiquette le coltan de Masisi, qui devient alors du coltan rwandais. »

Un trafiquant de coltan a expliqué que lorsqu’il avait des minerais de contrebande, il lui suffisait d’appeler les autorités minières rwandaises, qui lui apportaient alors autant d’étiquettes que nécessaire.

Les exportations de coltan portant une étiquette d’ITSCI ont augmenté presque exactement autant que les exportations de coltan du Rwanda entre 2023 et 2024 et ont représenté près de 100 % du total des exportations rwandaises de coltan.

Et pourtant, les importations de coltan en provenance du Rwanda déclarées par d’autres pays semblent avoir augmenté encore plus que les exportations rwandaises officielles de coltan en 2024, ce qui suggère qu’une partie du coltan a pu quitter le Rwanda frauduleusement.

Des analyses des données d’ITSCI démontrent que la part de tantalite parmi les exportations de minerais « 3T » est passée de 21 % en 2020 à 31 % en 2024. Cette hausse s’explique difficilement sans prendre en compte l'augmentation du passage illégal vers le Rwanda de coltan en provenance de Rubaya.

Les signalements d’incidents d’ITSCI indiquent également qu’il se pourrait que ses membres se procurent des matériaux de contrebande. En 2025, ITSCI a fait état de 70 incidents liés à des problèmes de plausibilité et de mésusage d’étiquettes.

Tous les exportateurs pour lesquels Global Witness a découvert des éléments motrant qu’ils avaient acheté du coltan de conflit étaient membres d’ITSCI, même si l’un d’entre eux a été exclu depuis et deux ont été suspendus par ITSCI. Début 2026, ITSCI a déclaré à Global Witness étudier le cas de trois autres exportateurs qui risquaient l’expulsion ou une suspension.

Au total, ITSCI a suspendu ou exclu six exportateurs de coltan depuis 2024.

L’utilisation de Better Mining, de SLR Consulting, comme système de traçabilité alternatif s’est étendue au Rwanda en 2025. Au moins deux entreprises avec lesquelles travaille Better Mining ainsi qu’une autre société en cours d'intégration sont d’anciens membres d’ITSCI qui ont été exclus par l’organisation. Deux d’entre elles, Space Mining et Philbert Trading Minerals, se sont procuré du coltan de conflit pendant la période où elles collaboraient avec Better Mining, selon des négociants avec lesquels s’est entretenue Global Witness.

Contrairement à ITSCI, Better Mining ne publie ni les noms de ses membres ni les risques identifiés dans les chaînes d’approvisionnement.

Better Mining essaye de se positionner comme système de traçabilité et de diligence raisonnable alternatif à ITSCI depuis plus de dix ans et Global Witness a déjà fait état des pratiques déloyales dont use ITSCI pour conserver son quasi-monopole.

Un autre prestataire de services de traçabilité pourrait jouer un rôle positif, à condition de placer la barre plus haut. Néanmoins, si Better Mining accepte des entreprises se procurant des minerais de conflit et ayant été suspendu par ITSCI, c’est l’effet inverse qu'on constatera.

Qui donc achète et vend du coltan du Rwanda ?

Entre janvier 2023 et septembre 2025, à savoir la période couverte par cette enquête, seules sept entreprises rwandaises exportaient près de 85 % du coltan du Rwanda, selon des données douanières consultées par Global Witness.

En quittant le Rwanda, le coltan est transporté vers les ports de Dar es Salam, en Tanzanie, ou de Mombasa, au Kenya, à partir desquels il poursuit sa route en bateau. Depuis début 2023, huit entreprises ont acheté sans intermédiaire près de 85 % du coltan exporté du Rwanda.

Quelles sont donc les entreprises achetant du coltan de conflit ?

Global Witness a découvert des preuves directes montrant qu’au moins cinq des sept premiers exportateurs rwandais de coltan s’étaient procuré du coltan de conflit en provenance des mines de Rubaya en RDC : African Panther Resources, Sunrise Metal Company, Boss Mining Solution, Kanzamin et Philbert Trading Minerals.

Nous avons mis au jour que des exportateurs de moindre ampleur, Space Mining et Rani Mining, avaient également acheté du coltan de conflit en provenance de Rubaya.

Certains éléments portent à croire que d’autres entreprises pourraient également avoir vendu du coltan de conflit sur les marchés internationaux. ITSCI a signalé des incidents faisant état de pratiques frauduleuses de la part de plusieurs exportateurs. En outre, plusieurs sociétés ont été acteurs de la contrebande minière par le passé.

Vous trouverez ci-dessous les évidences des liens entre ces exportateurs rwandais de coltan et les mines de Rubaya en RDC.

Les obligations en matière de diligence raisonnable

Le Guide OCDE sur le devoir de diligence pour des chaînes d’approvisionnement responsables en minerais provenant de zones de conflit ou à haut risque constitue la norme internationalement reconnue en matière d’approvisionnement responsable. Sa rédaction s'inscrit d’ailleurs dans le contexte des guerres en RDC. Le guide décrit un processus en cinq étapes que les entreprises sont censées suivre au moment de se procurer des minerais provenant de zones de conflit ou à haut risque. Elles sont tenues de suspendre immédiatement toute relation avec un fournisseur présentant un risque raisonnable d’être lié à un conflit et/ou des atteintes graves aux droits humains.

Les fonderies transformant le coltan

Les acheteurs du coltan du Rwanda présentés dans la partie précédente sont principalement basés aux EAU, en Chine, à Hong Kong et au Luxembourg.

Tous, à l’exception de la Chine, sont des lieux de transit où les négociants revendent le coltan à des fonderies et des affineries situées ailleurs.

Ces acteurs de la transformation extraient le métal qu’est le tantale du coltan en utilisant de l’acide et des températures élevées pour en ôter toute impureté, tandis que les affineries purifient le tantale. Les fonderies et les affineries transforment le coltan en produits tels que la poudre, le fil ou les lingots de tantale, qui sont utilisés pour produire des condensateurs résistant à la chaleur, des implants chirurgicaux et des alliages destinés aux réacteurs.

Global Witness a identifié huit fonderies qui ont transformé la plupart du coltan exporté du Rwanda entre 2023 et septembre 2025. Six se trouvent en Chine, une au Kazakhstan et une autre en Thaïlande.

- Ningxia Orient Tantalum Industry Co. (OTIC) (China)

- Jiujiang Jinxin Nonferrous Metals Co. (China) - Jiujiang Tanbre Co. (China)

- Jiujiang Zhongao Tantalum & Niobium Co. (China)

- Ximei Resources (Guangdong) Limited (China)

- Hengyang King Xing Lifeng New Materials Co. (China)

- Ulba Metallurgical Plant (Ulba) (Kazakhstan) - Taniobis (Thailand)

La Chine est la grande destination pour la transformation du coltan en provenance du Rwanda, que ce soit en termes de volume ou du nombre de fonderies. Tous les grands exportateurs rwandais y envoient au moins une partie de leur coltan.

Le Rwanda est devenu le deuxième fournisseur de coltan de la Chine après le Nigeria en 2023. La Chine a importé 1 571 tonnes de coltan du Rwanda en 2023, chiffre qui a bondi à 2 286 en 2024.

Des données douanières suggèrent qu’Ulba Metallurgical Plant (Ulba), au Kazakhstan, a également réceptionné du coltan exporté du Rwanda entre 2023 et 2025.

Taniobis, une fonderie de tantale en Thaïlande, a également importé du coltan du Rwanda jusque fin 2023.

Les fonderies jouent un rôle clé dans la diligence raisonnable des chaînes d’approvisionnement. Parce que leur nombre est limité et que toute traçabilité cesse au moment du processus de fonte, elles sont considérées comme un point critique.

C’est la raison pour laquelle le Guide OCDE sur le devoir de diligence recommande que les fonderies et affineries de minerais « 3T » recueillent des informations détaillées au sujet de la chaîne d’approvisionnement en amont et usent de leur influence pour atténuer les risques. Compte tenu de leur importance, toutes les fonderies et affineries de minerais « 3T » sont tenues d’auditer leur processus de diligence raisonnable sur les minerais provenant de zones de conflit ou à haut risque.

Comment les audits de fonderies blanchissent les chaînes d’approvisionnement

…the piece continues at the source.

Y done · S save · G great · B bad · N not for me